Non, le statut d’aide-soignant libéral n’existe pas. On pourrait s’arrêter là et refermer la page, mais ce serait ignorer la réalité du terrain: un nombre croissant d’aides-soignantes facturent aujourd’hui des prestations à domicile sous le régime de la micro-entreprise. Elles ne le font pas dans un vide juridique total, mais dans un cadre bien précis qu’il faut connaître pour ne pas exercer dans l’illégalité. Ce cadre, c’est celui des services à la personne.

Ce que la loi ne prévoit pas, c’est un droit d’installation indépendante identique à celui d’une infirmière libérale. Une aide-soignante ne prescrit pas, ne pose pas de diagnostic, et ses actes techniques sont strictement encadrés par le code de la santé publique. En structure, elle agit sous la responsabilité d’un infirmier. En indépendante, cette subordination disparaît, ce qui a empêché jusqu’ici la création d’un statut ad hoc. Depuis quelques années, des propositions de loi tentent de structurer l’exercice libéral des aides-soignants, mais aucune n’a encore abouti en 2026. En attendant, le seul chemin réglementaire passe par la case « services à la personne ».

Le statut d’aide-soignant libéral n’existe pas: ce que ça implique au quotidien

On lit parfois qu’un aide-soignant peut ouvrir un cabinet. C’est faux. La question qui revient sans cesse dans les groupes professionnels obtient toujours la même réponse: non, car la profession n’est pas inscrite au code de la santé publique comme profession de santé d’exercice libéral, contrairement aux infirmiers. Pas de cabinet, pas de plaque, pas de feuilles de soins remboursées par l’Assurance Maladie.

En pratique, cela signifie que la patientèle d’un aide-soignant indépendant n’aura jamais de prise en charge directe par la Sécurité sociale pour ses prestations. Les actes de nursing, même ceux qui figurent dans le référentiel du DEAS, ne peuvent pas être cotés à l’AMO. Le professionnel est payé directement par le patient ou par les organismes de services à la personne via le Cesu. Cette absence de cadre conventionnel avec la CPAM freine le développement de l’activité, mais ne l’interdit pas. À condition de choisir le bon code APE et de respecter les limites d’action.

Services à la personne: le seul cadre juridique qui tient la route

Pour exercer en auto-entreprise, l’aide-soignante s’inscrit sous le code APE 88.91A (accueil ou accompagnement de jour des personnes âgées ou dépendantes) ou, plus rarement, sous 86.90D (activités des infirmiers et sages-femmes), mais ce dernier est réservé aux professions de santé réglementées. L’Urssaf oriente majoritairement vers 88.91A. Ce code correspond aux services à la personne, une catégorie qui englobe aussi bien l’assistance aux personnes âgées que le petit bricolage.

Travailler sous ce code modifie la nature des actes qu’on peut accomplir. L’aide à la toilette, l’aide à l’habillage, les transferts et la mobilisation relèvent du SAP. Dès qu’un acte devient technique (pansement, injection, pose de bas de contention), il faut impérativement intervenir dans le cadre d’une collaboration avec une infirmière libérale, et non en direct. Certaines aides-soignantes cumulent un emploi salarié en institut et une activité complémentaire en SAP, ce qui est parfaitement légal, mais la frontière entre les deux doit être étanche. L’agrément simple, délivré par la Direccte, est obligatoire pour toute activité d’aide humaine à domicile. Sans lui, impossible de faire payer un patient via le Cesu.

Les démarches pour s’inscrire sans erreurs

S’installer en auto-entreprise ne demande pas un dossier complexe, mais quelques étapes méritent de ne pas être bâclées. La première est la demande d’agrément simple auprès de la plateforme de services à la personne. Cette démarche se fait en ligne et nécessite le diplôme d’État d’aide-soignante (DEAS), un justificatif de domicile, et une pièce d’identité. Sans agrément, vous ne serez pas référencé comme organisme de SAP et ne pourrez pas proposer de prestations éligibles au Cesu. Ce n’est pas un détail administratif, c’est le sésame pour accéder aux clients.

Une fois l’agrément obtenu, vient l’inscription sur le site de l’Urssaf pour créer la micro-entreprise. Le choix du code APE conditionne l’éligibilité au prélèvement forfaitaire libératoire et aux taxes spécifiques. L’Urssaf propose un formulaire unique qui fusionne déclaration d’activité et immatriculation. Comptez une quinzaine de jours pour recevoir votre numéro SIRET.

Une précaution s’impose: vérifier que votre contrat de salarié actuel (si vous exercez déjà en établissement) ne comporte pas de clause d’exclusivité ou de non-concurrence. Certains employeurs tolèrent une activité secondaire à condition qu’elle ne chevauche pas les horaires et ne génère pas de conflit d’intérêts avec la patientèle institutionnelle. Une transparence écrite évite bien des contentieux.

Par ailleurs, souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle n’est pas facultatif, même si aucun texte ne l’impose explicitement pour les SAP. En cas d’accident lors d’une manipulation à domicile, les dommages peuvent être lourds. Les contrats standards d’auto-entrepreneur couvrent rarement les risques liés aux soins corporels. Il faut donc négocier une extension spécifique.

Les aides financières pour amortir le démarrage

Lancer une activité indépendante en soins à domicile nécessite un minimum de trésorerie: matériel d’hygiène, déplacements, temps partiel non rémunéré au début. Le régime de l’auto-entreprise permet de ne payer des charges sociales que sur le chiffre d’affaires encaissé, ce qui limite le risque à l’investissement de départ. Quelques aides existent pour les créateurs d’entreprise dans le secteur médico-social.

France Travail propose l’Aide à la création et à la reprise d’entreprise (ACRE), qui permet une exonération partielle de charges sociales pendant les premières années, sous conditions de ressources. Les travailleurs handicapés et les bénéficiaires du RSA peuvent aussi prétendre à des compléments régionaux. Certaines mutuelles professionnelles versent une prime d’installation pour leurs adhérents qui s’installent en libéral, mais elles ciblent surtout les infirmières. Renseignez-vous auprès de votre OPCO si vous êtes salariée et souhaitez bénéficier d’un plan de développement des compétences pour une formation en gestion d’entreprise. Les fonds sont parfois surprenants.

Rappelons que monter une micro-entreprise ne donne pas droit au chômage en cas d’échec, sauf à avoir cumulé des droits via un emploi salarié antérieur. Mieux vaut donc tester l’activité en parallèle d’un temps partiel, quitte à basculer en full-time une fois le carnet de rendez-vous rempli. C’est d’ailleurs ce que font la plupart des aides-soignantes qui réussissent dans ce mode d’exercice.

Combien on gagne vraiment en tant qu’aide-soignante auto-entrepreneur

La facturation se fait à l’heure, au forfait demi-journée, ou à la tâche. La majorité des professionnelles interrogées dans les études de marché indépendantes annoncent des tarifs horaires nets compris entre 15 et 25 euros, sachant qu’il faut déduire les cotisations Urssaf (environ 22 % du chiffre d’affaires en micro-entreprise pour les prestations de service), les frais de transport et le temps de trajet qui n’est pas facturé. Le taux horaire réel retombe souvent sous la barre des 15 euros nets, ce qui est proche du salaire horaire d’une aide-soignante salariée en EHPAD, mais avec une protection sociale moindre.

L’avantage financier ne réside pas dans le taux horaire, mais dans le volume. En salariat, les horaires sont fixes; en indépendant, vous pouvez accumuler les visites, à condition d’en avoir. Le plafond de la micro-entreprise est de 77 700 euros de chiffre d’affaires annuel en 2026 pour les prestations de services. Atteindre ce plafond en soins à domicile suppose de travailler énormément et dans une zone géographique dense. Beaucoup plafonnent autour de 30 000 à 40 000 euros de chiffre d’affaires, ce qui correspond à un revenu net mensuel proche du SMIC une fois les charges et les frais déduits. C’est pour cela que le modèle le plus courant demeure le complément d’activité, pas le remplacement intégral du salariat.

La comparaison avec le salaire des infirmières libérales est trompeuse. L’infirmière facture des actes remboursés, a une patientèle captive via les prescriptions médicales, et bénéficie d’un tarif conventionnel. L’aide-soignante indépendante ne bénéficie d’aucun de ces leviers. Son revenu est entièrement dépendant de sa capacité à convaincre des particuliers de payer de leur poche ou de solliciter leur plan d’aide APA.

Trouver des clients sans cabinet ni annuaire de santé

Sans référencement CPAM, sans cabinet et sans enseignes, la visibilité repose sur deux piliers: le réseau professionnel et les plateformes de mise en relation. D’abord, les infirmières libérales. Ce sont elles qui, dans leur tournée, repèrent les patients nécessitant une aide à la toilette régulière mais ne relevant pas de soins infirmiers. Leur recommandation est le premier moteur de prescription. Une collaboration informelle avec une ou deux IDEL du secteur suffit souvent à remplir un planning de matinée.

Les plateformes comme Brigad ou Mediflash proposent une mise en relation avec des particuliers ou des structures de soins qui cherchent des remplaçantes. Elles prélèvent une commission sur le tarif horaire, en contrepartie d’une gestion administrative simplifiée. À condition de bien comparer les frais de service et les délais de paiement, elles peuvent servir d’apport d’affaires au lancement.

Les pharmacies d’officine sont aussi des relais locaux. Laisser une carte de visite ou un flyer peut générer des prises de contact de la part de proches aidants. Les associations d’aide à domicile (ADMR, UNA…) recrutent régulièrement des intervenantes indépendantes en CESU mandataire. Ce n’est pas le monde du libéral au sens strict, mais cela permet d’exercer sans dépendre d’une seule source de prescription.

Un autre canal consiste à se positionner sur les réseaux sociaux professionnels pour développer une activité de service, en communiquant sur les prestations proposées. Sans être un community manager, publier un post sur un groupe Facebook local peut faire la différence. La transparence sur les tarifs et les limites d’intervention construit une réputation fiable.

Les angles morts: responsabilité, limites d’actes et risque requalification

Exercer en SAP impose d’accepter des limites strictes. Un dépassement de fonction (refaire un pansement simple sans prescription, par exemple) expose à des poursuites pour exercice illégal de la médecine ou de la profession d’infirmier. Les parquets sont rarement saisis pour un seul acte isolé, mais en cas d’accident, l’absence de cadre juridique protecteur peut devenir un piège. L’aide-soignante indépendante ne bénéficie pas du statut d’auxiliaire médical. En justice, elle est considérée comme une prestataire de services comme une autre, ce qui veut dire que les tribunaux appliquent le droit commun de la responsabilité contractuelle plutôt que le droit de la santé, moins protecteur pour le patient. D’où l’importance d’une assurance spécifique bien calibrée.

Autre tache aveugle: la caisse de retraite. En micro-entreprise, vous cotisez à la retraite de base des indépendants, et non à la CNAV, ce qui signifie que les trimestres acquis sont valorisés différemment. Pour une aide-soignante qui a commencé sa carrière dans la fonction publique hospitalière, le rachat de trimestres ou le cumul des régimes doit être anticipé. Une mauvaise surprise à 62 ans ne se rattrape pas.

Enfin, la tentation de signer un contrat de collaboration avec une infirmière libérale pour « blanchir » les actes est grande. Le schéma: l’infirmière cotise un acte AIS pour séance de soins et délègue la toilette à l’aide-soignante, qui facture ses heures à l’infirmière. Le modèle est fragile. L’Assurance Maladie peut requalifier l’opération en exercice illégal si les conditions de la délégation ne sont pas respectées. Les contrôles se sont renforcés depuis 2025. La prudence commande de formaliser par écrit la nature des prestations déléguées et de ne jamais coter soi-même un acte infirmier.

Questions fréquentes

Un aide-soignant peut-il travailler en libéral sans être infirmier?

Non, le libéral de santé est réservé aux professions médicales et paramédicales réglementées. L’aide-soignant peut créer une micro-entreprise en services à la personne et réaliser des actes de nursing non techniques. C’est la configuration la plus proche du libéral, mais elle exclut toute démarche de soins conventionnée.

Combien gagne une aide-soignante auto-entrepreneur par mois?

Le revenu net moyen après charges et frais se situe souvent entre 1 300 et 2 000 euros par mois pour un temps plein informel. Cette fourchette varie selon la densité de clientèle et la zone géographique. Un complément d’activité à hauteur de quelques centaines d’euros mensuels est le cas le plus répandu.

Peut-on cumuler un emploi d’aide-soignante en EHPAD avec une activité indépendante?

Oui, sous réserve de l’absence de clause d’exclusivité dans le contrat de travail et de ne pas exercer pendant les heures de service. Il est recommandé de déclarer l’activité secondaire à l’employeur pour éviter tout risque de conflit de loyauté.

Faut-il obligatoirement un agrément pour être aide-soignante indépendante?

Pour intervenir auprès de particuliers via le Cesu ou les plans d’aide, l’agrément simple SAP est obligatoire. Il permet d’être référencé comme prestataire de services à la personne et conditionne l’éligibilité aux exonérations fiscales du client. Sans agrément, l’activité reste possible mais dans un cadre beaucoup moins protecteur et attractif.

Quelles sont les plateformes les plus utilisées par les aides-soignantes auto-entrepreneur?

Brigad et Mediflash sont les plus citées pour des missions ponctuelles. D’autres plateformes comme Alenvi ou Ouihelp ciblent davantage l’écosystème de l’aide à domicile. Chaque plateforme impose ses propres conditions de rémunération et de commission, il faut les comparer avant de s’engager.

L’image que l’on se fait de l’aide-soignante libérale est souvent calquée sur celle de l’infirmière libérale. C’est une erreur de perspective. L’aide-soignante indépendante ne bénéficiera pas de la même reconnaissance institutionnelle tant que le législateur n’aura pas tranché sur une évolution du code de la santé publique. En attendant, elle peut se construire une activité rémunératrice et utile, pourvu qu’elle accepte d’opérer sur le terrain des services à la personne. Cela demande une rigueur administrative et une lucidité sur les revenus qui ne sont pas toujours au rendez-vous dans les discours marketing. Le métier change, le cadre reste. À chacune de voir si le jeu en vaut la chandelle.

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Camille Roussel

À propos de l'auteur

Camille Roussel

Fondatrice & rédactrice en chef · spécialité Création d'Entreprise

Ex-consultante RH passée par un OPCO et un cabinet d'expertise-comptable, Camille a accompagné une centaine de TPE/PME dans la mise en place de leur plan de développement des compétences. Elle a fondé Montuteur en 2019 parce qu'elle en avait assez d'expliquer dix fois par semaine la différence entre Pro-A et CPF de transition au téléphone.

  • Ex-consultante RH
  • Expérience OPCO
  • Connaisseuse Qualiopi
  • 100+ plans de dev. accompagnés