Un salarié qui demande une formation d’anglais. Son poste ne l’exige pas directement. Faut-il dire oui, ou considérer que ce n’est pas la priorité budgétaire de l’entreprise ? C’est le genre de question qu’un dirigeant pose à son OPCO sans toujours obtenir une réponse tranchée.

Pourtant, plusieurs raisons solides, qui n’ont rien de gadgets, font de l’anglais professionnel l’un des investissements formation les plus rentables pour une PME, à condition de connaître les bons canaux de financement et d’éviter les pièges qui transforment un projet sérieux en casse-tête comptable.

L’anglais professionnel est un outil de compétitivité, pas une cerise sur le gâteau

On pense parfois que l’anglais ne sert qu’à l’export. L’erreur est grossière. Une entreprise de travaux publics qui répond à un appel d’offres d’un groupe étranger implanté en France, une chaudronnerie qui lit des notices techniques, un service comptable qui échange avec une holding luxembourgeoise : dans tous ces cas, une maîtrise même partielle de l’anglais professionnel réduit les erreurs de compréhension et accélère les échanges.

Les OPCO financent les formations linguistiques dès lors qu’elles s’inscrivent dans une logique de développement des compétences liée à l’activité de l’entreprise.

CPF ou plan de développement des compétences : deux canaux, une même exigence de sérieux

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D’un côté, le salarié peut mobiliser son CPF. De l’autre, l’employeur peut proposer la formation via le plan de développement des compétences. Les deux leviers ne se confondent pas. Le CPF relève de l’initiative individuelle, l’employeur peut l’abonder mais n’en maîtrise pas le déclenchement. Le plan, lui, est décidé par l’entreprise et peut couvrir intégralement le coût, sous réserve de respecter les priorités de la branche et les critères de l’OPCO.

Dans les deux cas, la clé est la certification. Un organisme de formation peut vendre un « parcours anglais pro » en 25 heures, mais si aucune certification reconnue n’est visée, le dossier sera refusé. Le TOEIC, le Linguaskill ou des certifications inscrites au Répertoire Spécifique restent les titres que l’OPCO attend. L’autre condition, devenue systématique depuis les réformes de 2023, est la certification Qualiopi de l’organisme. Un dirigeant qui signe une convention avec un prestataire non Qualiopi prend un risque de reste à charge inattendu.

L’abondement employeur mérite un mot. Quand le CPF du salarié ne couvre pas tout, l’entreprise peut verser un complément directement sur Mon Compte Formation. Ce versement n’est pas perdu : il est imputable sur le plan de développement des compétences dès lors que la formation s’inscrit dans une logique d’employabilité. Encore faut-il avoir validé le projet en amont avec l’expert-comptable, parce qu’un abondement décidé dans la précipitation peut être requalifié par l’OPCO et perdre son traitement fiscal favorable.

La certification valide la compétence, elle protège aussi l’investissement

Sans test certifiant en fin de parcours, l’entreprise paie sans mesurer le résultat. Un objectif de niveau B1 ou B2 sur le CECRL donne à l’OPCO une référence incontestable et coupe court aux échanges interminables sur le « ressenti » du salarié.

Former à l’anglais, c’est aussi fidéliser des collaborateurs qui cherchent de la mobilité

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Un salarié qui veut évoluer vers des fonctions commerciales, un technicien qui vise un poste de responsable de production en lien avec des fournisseurs étrangers : une formation d’anglais peut devenir l’étape qui sécurise un parcours professionnel interne. C’est l’esprit de la Pro-A, mais aussi celui d’une gestion fine des talents dans les TPE où le départ d’un collaborateur est plus douloureux que dans un grand groupe.

Le dirigeant qui refuse systématiquement ces demandes sans analyser le projet risque de voir le salarié partir ailleurs, parfois pour un poste où la formation sera offerte par le nouvel employeur. Utiliser le plan de développement des compétences pour proposer une montée en compétences linguistiques, c’est envoyer un signal clair : on investit sur vous.

Ce que l’OPCO vérifie avant de dire oui, et ce qui bloque

Les OPCO suivent des critères précis, souvent rappelés dans les accords de branche. D’abord, le lien entre la formation et l’emploi occupé ou un projet professionnel réaliste. Ensuite, la présence d’une certification et de la certification Qualiopi de l’organisme. Enfin, la cohérence du volume horaire par rapport à l’objectif. Un programme de 10 heures pour atteindre un niveau C1 déclenchera un refus.

C’est ici que l’employeur a intérêt à s’appuyer sur un interlocuteur qui connaît les particularités de sa branche. Un échange avec le conseiller OPCO en amont évite bien des allers-retours. Avant de valider quoi que ce soit, un rapide examen de la convention collective via notre rubrique paie et conventions permettra de repérer d’éventuelles obligations de formation qui faciliteront la prise en charge.

Le piège des « 100 % financé » et le reste à charge invisible

Les offres marketing qui promettent une formation d’anglais « 100 % prise en charge sans avance de frais » prolifèrent. Elles mettent en avant le CPF, parfois un abondement fictif, et jouent sur l’illusion d’une gratuité totale. Dans les faits, les coûts indirects pèsent sur l’employeur : temps de formation pendant les heures de travail, éventuellement salaire maintenu, taux horaire minoré par rapport aux standards du marché.

Si le dirigeant ne vérifie pas l’inscription de la certification au RNCP, il prend le risque que l’OPCO refuse de verser les fonds après coup, laissant l’entreprise avec une facture intégrale. Un reste à charge peut surgir des mois plus tard, quand le contrôle de l’OPCO est plus strict que lors du devis.

⚠️ Attention : Un organisme qui refuse de vous communiquer son numéro de déclaration d’activité et sa certification Qualiopi avant le premier cours doit immédiatement éveiller votre méfiance.

L’anglais entre dans les accords de branche, secteur par secteur

Dans plusieurs branches, la formation à l’anglais devient une obligation conventionnelle pour certains postes. C’est le cas pour des métiers portuaires, aéroportuaires ou de l’hôtellerie haut de gamme. Les partenaires sociaux ont compris que l’anglais est une compétence de survie pour la filière, et ils l’inscrivent dans les listes de formations prioritaires. Pour l’employeur, cela a un avantage direct : le dossier passe plus facilement en commission de suivi.

Si votre convention collective ne mentionne pas explicitement l’anglais, vous pouvez quand même mobiliser des fonds mutualisés au titre de l’accompagnement de projets de développement. L’essentiel est de documenter le lien entre les besoins de l’entreprise et la formation demandée.

Le sujet croise parfois celui de la retraite quand un salarié en cumul emploi-retraite demande un perfectionnement pour continuer une activité partielle. Dans ce cas, consulter nos analyses en retraite et prévoyance permet d’anticiper les incidences sur les droits.

Questions fréquentes

Un salarié peut-il utiliser son CPF pour une formation d’anglais sans en informer son employeur ?

Oui, le CPF est un droit attaché à la personne. S’il la suit en dehors du temps de travail, il n’a aucune obligation d’information. Quand la formation a lieu sur le temps de travail, l’accord de l’employeur est requis, ce qui oblige à aligner le projet avec les intérêts de l’entreprise sous peine de refus.

Une formation d’anglais suivie par un collaborateur en télétravail depuis l’étranger est-elle finançable par le plan ?

Le principe général reste le même : si le contrat de travail relève du droit français et que l’organisme est certifié Qualiopi, le plan peut couvrir la formation. Les complications viennent de la fiscalité locale et des éventuelles cotisations sociales qui peuvent s’appliquer dans le pays de résidence. Une vérification auprès de l’OPCO et du service paie évite des surprises.

Quelle différence entre une certification TOEIC et une certification inscrite au RNCP ?

Le TOEIC est un test d’évaluation reconnu, mais il n’est pas automatiquement inscrit au RNCP. Certaines formations préparent au TOEIC en liant la réussite du test à une certification professionnelle plus large (par exemple « communiquer en anglais dans un contexte professionnel »). Seule cette certification globale ouvre droit au financement CPF ou au plan. Le simple passage du test, sans cursus certifiant, ne garantit pas la prise en charge.

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Q1 Votre situation ?
Q2 Votre objectif ?
Q3 Votre budget CPF / financement ?
Camille Roussel

À propos de l'auteur

Camille Roussel

Fondatrice & rédactrice en chef · spécialité Formation Pro & Cours

Ex-consultante RH passée par un OPCO et un cabinet d'expertise-comptable, Camille a accompagné une centaine de TPE/PME dans la mise en place de leur plan de développement des compétences. Elle a fondé Montuteur en 2019 parce qu'elle en avait assez d'expliquer dix fois par semaine la différence entre Pro-A et CPF de transition au téléphone.

  • Ex-consultante RH
  • Expérience OPCO
  • Connaisseuse Qualiopi
  • 100+ plans de dev. accompagnés